Un projet fou

Une des meilleures choses qu'on ai dit sur moi, c'est :

« Je n'ai jamais vu une personne aussi barge que toi » - Un pote

Des idées, j'en ai tous les jours. Des bonnes, ou des moins bonnes, des complétement stupide, mais qui font rire tout le monde, ou des petites idées qui rendent service à des milliers de gens. Mais depuis quelques mois, j'ai cette idée qui tourne en boucle dans ma tête, et qui au fil du temps me prends de plus en plus d'espace dans mon cerveau.

Ça fait quelque temps que je recherche ce que je veux vraiment. Ce qui au fond de moi, fait du sens. Et petit à petit, je me suis rendu compte que je prenais en compte mes idées, mes valeurs, ce qui me tiens à cœur et ce que j'aimerai faire de ce monde. Je suis devenue de plus en plus libriste, de plus en plus militante (passive, néanmoins), et de plus en plus j'applique mes idées, comme je peux. Je me suis mis à trier mes affaires, les redonner, recycler non seulement mes déchets, mais aussi l'électronique, ne plus jeter, mais donner ou réparer pour que ça resserve, j'ai monté #TeamRecup pour empêcher le gaspillage électronique. J'ai aussi supprimé mes comptes Facebook et Google, je n'utilise presque plusplus Amazon...

Mais malgré cela, ça ne me suffit toujours pas. Il me manque un truc au fond de moi. Et au fil des voyages, des rencontres, l’idée s’est formé. Et à force, ce n’était plus juste une idée, mais un vrai projet. Un projet de vie.

« Il faut que je monte un tiers-lieu » -Moi

Un tiers-lieu, pour ce qui ne connaissent pas (j’ai appris le terme exacte pas plus tard qu’hier), c’est un lieu de vie, commun, ouvert à tous, ou on peut apprendre et partager avec les autres. Je n’aime pas vraiment le terme de tiers-lieu, mais c’est officiellement ce qui se rapproche le plus de mes idées. Un lieu accueillant, ou tout le monde peut venir, avec un fablab, des ateliers d’informatique, de réparation, ou on peut cuisiner (enfin les autres, pas moi, sauf si vous aimez les intoxications alimentaires) et manger ensemble, un endroit ou on peut être hébergé quelques jours le temps d’un projet ou si notre lieu de vie principal n’est plus safe, et se bourrer la gueule le soir en refaisant le monde.

J’ai commencé à regarder les bâtiments au sud de Paris. J’imaginais un grand hangar, littéralement vide, ou petit à petit on construirait les lieux de vie. La cuisine, la pièce de vie, les petites chambres temporaires… Mon petit coin personnel en mezzanine, avec le strict minimum pour que je puisse vivre dans ce lieu en permanence et avoir un peu d’intimité. Comment je pourrais agencer mes différents projets, dont les deux principaux sont le musée informatique et le datacenter associatif. Imaginer comment récupérer la chaleur du DC associatif pour la redistribuer dans les chambres. Faire une petite salle style hacker space, avec des imprimantes 3D, des graveuses laser et plein d’autre matos. Pourquoi pas faire une pièce insonorisée pour en faire un studio de musique, et pourquoi pas faire un petit jardin communautaire, et pourquoi pas…

Les idées fusaient dans ma tête, et j’étais tellement contente d’avoir trouvé un sens à ma vie après toutes ces années, que j’en ai parlé à quelques potes. Et puis, ils m’ont mis une claque dans la gueule :

« Ouai c’est cool, mais tu le trouves ou l’argent ? » -Un pote réaliste

Ah, le comble. Vouloir construire une microsociété ou le partage et l’entraide est le plus important, et avoir besoin de 500 000€ (à la grosse louche de soupe) pour pouvoir le construire.Bon, ce n’est pas avec mes mille balles de côté et mon pauv’ SMIC que je vais m’en sortir. Ah oui, parce que je suis une meuf chiante, je veux être propriétaire des murs, et ensuite les prêter à l’association (ou whatever forme juridique) à titre gracieux qui gérera cette communauté. Pas envie d’avoir d’emmerde, je veux mon nom sur le bail (ou le nom de la forme juridique, mais j’ai encore quelques réserves dessus). C’est un truc ou je vais investir ma vie dedans, je n’ai pas envie de me retrouver à la rue du jour au lendemain. Bref.

Ok, simulation de prêt. Et comme dirais Dewey “Je m'attendais à rien, mais je suis quand même déçu”. Les mensualités sont plus haute que mon salaire brut, c’est mort.

Huuuum, et si on faisait participer la communauté ? Ouai mais, qui serait assez fou pour investir dans un projet aussi gros, porté par une meuf de 20 ans ? Ça pourrait marcher, mais pour 1000 balles grand max.

Bon, et l’État, il en pense quoi de ces tiers-lieu ? Apparemment l’Ile-de-France à fait quelques subventions de 75000€ (ce qui est pas mal hein !). On avance, mais c’est toujours pas ça.

Et c’est le moment ou si vous étiez dans ma tête, vous entendrez les plusieurs Moi s’engueuler. D’un côté, un moi qui dit “Ahah sale connasse, tu savais très bien que ça allait jamais marcher, arrête d’avoir des idées à la con”, et un autre moi qui dit “Quand tu veux quelque chose, tu y arrives toujours, alors bats toi ! Et n’écoute pas l’autre garce ”

Il existe d’autre possibilité sûrement, comme acheter le bâtiment à plusieurs. Mais j’ai peur des emmerdes, peur de perdre mon Projet. Ça sonne un peu égoïste, surtout pour un projet comme celui-là, mais j’ai besoin que ce soit moi qui porte le projet. Moi qui le fabrique, et qu’à la fin je puisse me dire : “Cécile, tu as réussi à construire un truc qui corresponds à tes valeurs, celle du partage et de l’entraide. Maintenant, tu peux t’en aller en paix”. Ça ne veut pas dire que je n’accepterais pas d’aide, au contraire ! Je veux construire ce projet en communauté, qu’on partage nos idées et que ceux plus compétents que moi dans leur domaine (au pif, la cuisine et le jardinage) puisse prendre une responsabilité d’une partie de la communauté.

On pourrait aussi imaginer un système ou on monte une association, chacun met l’argent qu’il peut et prends des voix aux AG en fonction de leur apport. Mais je suis automatiquement jeté de mon projet si je fais ça.

Ou une autre alternative, monter l’association, collecter les dons (j’en doute) et les subventions (j’en doute encore plus) et acheter avec l’association. Mais ça revient à ce que je disais au-dessus, et je me suis pris tellement de claques dans la gueule par des personnes en qui j’avais confiance (et que j’aimais/apprécié), que je ne me vois pas mettre le nom de l’association sur le bail, pour ensuite me faire jarter comme une merde.

Plus j’y réfléchis et je me rends compte que j’ai deux solutions concrètes : Jouer au loto, ou attendre mon CDI, et emprunter sur 25 ans. Mais il faut attendre jusqu’en 2023. Et vous le savez, je ne suis pas DU TOUT patiente.

Il faut te rendre à l’évidence Cécile, personne n’est assez fou (ou riche, d’ailleurs), pour investir dans un projet qui ne rapportera rien. Personne est assez fou pour te donner un hangar et te dire « fonce, ton projet est ouf »

J’écris ces mots dans le train, et à chaque fois que je vois un grand bâtiment, un entrepôt, un hangar, je l’observe et je m’imagine l’aménager. Mais mes espoirs s’envole en même temps que le bâtiment s’éloigne à l’horizon.

Je n’écris pas ça pour demander de l’aide, ni d’argent. Mais si vous voulez dire que mon projet est de la merde, ou un truc de malade, ou me donner des conseils, des idées, des marches à suivre, je vous écouterais. Parce que après tout, c’est ça une communauté de partage et d’entraide.

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